laisse

Je ne me sers plus de la laisse trop courte
que j’avais hérité de mes pauvres parents.
Elle moisit désormais, sans personne à tenir,
en maîtresse afranchie de son étroit empire.

Qu’elle a pris du plaisir à nous couper les ailes
et tarir notre sève dans le but que l’on serve.
Ignorante de nos rêves, maintenant sa tutelle,
elle lâchait par moment juste assez de lest
pour nous faire oublier son étreinte muette.

Nous vaquions, lamentables, à la traîne de nos vies
divertis par mégarde, alanguis de paresse.
Et de plages bondées en pistes artificielles
nos misères s’étalaient, offertes à nos maîtres
qui se félicitaient, en salauds décideurs,
de notre ardeur assise, replette de mépris.

Que la laisse est legère en y mettant du sien.
Plus de sueur que de mal et plus tôt que prévu
débattue au suffrage du meilleur des possibles,
les mots suintent, labiles, tout devient docile ainsi
des sous-sols aux cimes, le même rire obèse
grossit encore, éperdument, facile.

Hors d’eux

À les entendre ils ont tout vu
savent mieux que moi gouter le vin
savourer le fruit défendu
demain putride alors bombance.

Si ça n’a aucune importance
parlons fort pour ne rien entendre
je laisse aux anciens le silence
et me réfugie dans les cendres.

Vois-tu là la proue du récif ?
l’oeil ému dans la lentille vide
assure encore d’un rayon vif
à la lumière un sauf-conduit.

Truqué le film en s’évadant
a laissé passer l’heure du crime
et nous envions l’opérateur
quand il actionne et crie « La Peur ! »

Mes épaules ont du mal à croire
mes oreilles quand le fouet lacère
les rétines et les hémisphères.
Ont-elles encore peur dans le noir ?

L’effet retard de travers sors
titubance assise et mot d’ordre
trottoir d’enfer et cris décorent
le jour ennui.