Aboulie

Est-ce enfin le déluge ?
J’ai beau voir et entendre
les humeurs de grabuge
rien ne me pousse au crime
je reste si tranquille

Autour de mon nombril
dansent des pacotilles
faire un pas de coté
pour d’autres appétits
ne me tente même plus

M’a-t-on coupé les ailes
pour me laisser les vivres ?
Si je n’ai rien gagné
comment casser le deal ?
Sur mon dos se dessinent
d’insatiables dépits

Bras ballants jambes lâches
la peau sourde et peureuse
de faiblesse louable
j’envisage un aveu
mais les mots se méfient

La langue pétrifée
et la gorge noueuse
je remache un début
de vague repentance
pour les après perdus

Aussi loin de la fin
que du commencement
de détresse connue
je macère ancillant
l’épiphane têtu

Duelle

La main pleine a la mainmise
la main vide a l’âme avide
tu donnes, tu reçois
tu déçois, tu rends.

Celle-la qui marche à la prise n’aime que l’amour qu’on lui voue, mérite aussi bien la bise, qu’une baise torride elle avoue ses penchants pour la viande crue complice du sang et des fluides par la lune sait rendre furieux, de désir ou livide.Les forts comme les faibles cèdent
avec ardeur à sa loi rendue quand elle seule décide à qui ses faveurs échoient.

Tu pourrais te croire libre insoumis fier de tes ailes
allant d’une prise à l’autre ne sachant qui est laquelle
oubliant jusqu’au parfum de celle qui matin, la veille
les hanches nouées aux tiennes, hurlait sous les coups de reins.

Tu peux t’enorgueillir de tant d’exquis succès
n’avoir aucune excuse pour la chair vexée
et nourrir tes ruses de paroles obscènes
propices à dessaler les plus fermes vertus

La main pleine a la mainmise
la main vide a l’âme avide
tu donnes, tu reçois
tu déçois, tu vides.

Vague humaine

J’ai dû le corps j’ai dû la voix
dans une foule d’urnes vides
me prendre par la main sans rire
contre un croissant, pour une croix.

Prédateurs et proies mobilisent
tous azimuts la piétaille reine
au bal des cocus plus de peine
venger l’humour en marchant droit.

Dans la vague humaine un détail
je traine lourd mes pas perdus
marcher comme le fait le bétail
me rend douteux même rendu

Les dernières nouvelles à rebours
des tireurs d’élite veillent au grain
postés sur les toits du parcours
quelle sera leur cible demain ?

Comédie

Braille ta race l’ancien on est bien
j’ai toute la nuit pour tourner court
au p’tit matin faire demi-tour
et m’endormir.

Sur les restes à midi j’aspire
de quoi prendre goût à la pompe
du bitume pour mes capillaires
et m’assouvir.

Quand la moelle à du plomb dans l’aile
j’augmente la dose de parabène
acclimate les creux à la fonte
et fait risette aux alizés.

Le temps d’aller rire à la ronde
oublie l’abime de mes jours-nuits
un ticket pour la comédie
du bonheur à muser la fronde.

Jour du Seigneur

Et voila le travail ! C’est pas beau c’est neuf ?! On sent encore la sueur du Mario qui s’est cassé l’échine pour trois ronds et la fierté de la gagner à la main, sans aides, entre potes, que des costauds, durs au chantier et pas râleurs, des Zommes.
De l’autre coté du ruisseau Glandu passe en deux-deux, un coup d’œil pour la forme, la poussette en aiguilleuse, les pompes bien dressées, surtout pas d’arrêt « Un détour ? C’est dimanche, c’est pas quartier libre hein ?!
Feignasse ! ».
Bien sûr il a pas tort, rien qu’à la gueule de l’adverbe de la proposition précédente, aucun doute possible, l’effort et moi, c’est comme les droits de l’homme et l’homme, une erreur de casting réciproque.
Après j’ai des raisons, et des bonnes, comme celle de penser que j’ai rien à gagner sinon le droit de me taire, après maintes recherches et vaines démarches tendues vers un frère, une sœur, une famille élargie à l’échelle de
mon amour démesuré pour l’espèce, j’ai -temporairement- compris la nécessité d’y aller slow play question turbin « Mollo sur la roue salaud, t’es pas tout seul à croquer ! »

En plus j’ai pas de gosses, certes une femme, on est comme mariés, bientôt quinze ans de guéguerre sans nuages, des bisous par millions, quelques savates mais rien d’éliminatoire, normal.
Dans mon jeu queue dalle, quoique un bout dépasse, ni le petit ni le grand, plutôt l’excuse, le joker à cinq pions qui rassure dans la pente quand les trombes l’ont mauvaise et rincent tout ce qui se débat. Le jour venu, je la sortirai devant tout le monde et là faudra pas me demander « Pourquoi, comment ? Tu nous as rien dit,
on pouvait pas deviner… ».
Moi non plus je pouvais pas deviner quelle sorte de saloperie s’abrite sous l’amitié, on y trouve de quoi chercher, le temps d’une envie d’aller ensemble au fond de la surface ; les visages restent, les restes lassent, on tire la chasse la larme tiède en faisant le ménage, c’est pas ce qui manque les dimanches.